Exposition “Intemporel”, Ousmane Sow au Musée des Civilisations Noires
Depuis le 25 avril 2026, le Musée des Civilisations Noires accueille Ousmane Sow, Intemporel, une rétrospective consacrée à l’une des figures majeures de la sculpture contemporaine. Présentée pour une durée de trois ans, l’exposition marque le retour de l’œuvre d’Ousmane Sow dans une institution muséale sénégalaise, près de trois décennies après sa dernière grande exposition au Sénégal.
Une cinquantaine d’œuvres originales y sont réunies, couvrant les principales séries développées par l’artiste, Nouba, Masaï, Zoulou, Peulh et Petits Nouba (1984–1998) — ainsi que la série Merci, initiée en 2002 en hommage aux figures qui, selon les mots du sculpteur, l’ont « aidé à ne pas désespérer du genre humain » : Toussaint Louverture, Nelson Mandela, Victor Hugo ou encore son père, Moctar Sow.
Une salle est également consacrée à La Bataille de Little Bighorn, à travers un ensemble photographique et des images montrant Ousmane Sow au travail dans son atelier de Dakar. L’exposition met par ailleurs en lumière ses emblématiques lutteurs Nouba, en résonance avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, et rappelle la présence de son œuvre Le coureur sur la ligne de départ (2001), réalisée à la demande du Comité International Olympique, au Musée Olympique de Lausanne.
Ousmane Sow, Intemporel
Un souffle affleure. Quelque chose frémit. On pressent juste. Rien de plus et rien de moins. Sensation de suspension. Voilà l'œuvre. Elle nous saisit, une énième fois, dans un moment qui nous transporte. Vertigineusement. Entre-deux si absolu, tant radical, et tellement paradoxal, cette ouvre brave tout figement. Entre les heures, les jours et les saisons, vains sont nos poings qui serrent laborieusement, confusément. Ils n'empêcheront pas le cour de battre vite.
Tout est enceint dans la forme, et pourtant rien n'est ceint vraiment. C'est parce que tout trace des chemins vers des lieux sans contours. Les voilà ! Elles réapparaissent, les œuvres de Ousmane Sow. Ont-elles jamais disparu d'ailleurs, elles qui, debout, échappent au temps, non pas en le fuyant, mais en l'empoignant. Présent éternel donc, à coup de terre, de paille et de pigments. Matière et souffle dans un infini moment, celui de la plus belle et incertaine des aventures: la condition humaine. C'est par là, depuis la déchirure frémissante et néanmoins sûre d'elle-même que, dans chaque sculpture d'Ousmane Sow, traits, plis, ombres et absences, répètent, inlassa-blement, le geste transcendantal par excellence. Celui-là même qui, dans sa force expressive et dans son amour tout court de l'étant et de ses symboles, grave dans le temps qui meurt un destin que la mort n'emporte pas.
Voilà presque trois décennies que les œuvres de l'artiste Ousmane Sow n'étaient pas, à proprement parler, exposées au Sénégal. Sa dernière et presque seule exposition, depuis sa révélation en 1987, au Centre Culturel Français de Dakar, fut celle de la présentation de sa série intitulée Little Bighorn sur la corniche de Dakar en 1999, en préfiguration de sa fabuleuse exposition sur le pont des Arts (Paris) qui attira plus de trois millions de visiteurs.
Les générations se succèdent, les interprétations se renouvèlent... un peu comme à l'ombre de notes échappées de la trompette de Miles Davis, ou un peu comme au coin de quelques pages détachées de la poétique de la relation d'Edouard Glissant.
Le Musée des Civilisations noires (MCN) revisite l'ouvre du maître, et, partant, corrige une « anomalie», celle d'une absence ambigue dans le paysage des arts visuels au Sé-négal.
Écouter le souffle de ces œuvres, c'est se connecter à l'essence de la vie. « Les morts ne sont pas morts » (Birago Diop, Souffles, 1948).
Pr. Mouhamed Abdallah Ly (ancien Directeur du MCN) & Pr. Abdourahmane Seck (UGB)
Crédit images Morel Donou
Retouches colorimétriques et correction des halos lumineux réalisées à l’aide de l’IA, avec l’autorisation du photographe.
Courtesy Musée des Civilisations Noires ainsi que Marina et David Sow