Exposition “Le Bal des ogresses”, Institut des Cultures d’Islam
À l’occasion de la Saison Méditerranée 2026, l’Institut des Cultures d’Islam poursuit sa collaboration avec la commissaire invitée Sonia Recasens, initiée en 2024 avec L’esprit du geste, exposition inaugurale des espaces rénovés de l’ICI Léon. Pour Le bal des Ogresses, elle réunit treize artistes, parmi lesquelles Amina Benbouchta, autour d’un projet qui prend pour point de départ les récits et légendes entourant Aïcha Kandisha afin d’explorer les nombreuses figures d’ogresses qui peuplent les imaginaires du pourtour méditerranéen et au-delà.
Ogresses et déesses, monstrueuses et séduisantes, maternelles et dévorantes, protectrices et malfaisantes : Aïcha Kandisha et ses figures sœurs deviennent ici le prisme d’une réflexion sur l’intime, le corps, la féminité, la sexualité et la mémoire collective. Créatures hybrides, ambiguës et transgressives, elles cristallisent les peurs et les désirs, tout en résistant aux représentations fixes et aux lectures univoques. Des mythologies préislamiques aux cérémonies soufies, des contes amazighs aux légendes mésopotamiennes, l’exposition fait dialoguer des récits issus de temporalités et de géographies différentes. Treize artistes femmes de plusieurs générations interrogent ainsi la manière dont ces figures se transmettent, se transforment et continuent d’habiter les imaginaires contemporains. À travers leurs œuvres, les ogresses apparaissent tour à tour comme des figures de menace, de puissance, d’émancipation, de désir ou de résistance.
L’exposition réunit Khadija El Abyad, Rim Battal, Amina Benbouchta, Imane Elkabli, Lucile Gautier, Nadira Husain, Saodat Ismailova, Kubra Khademi, Rim Mejdi, LALLA RAMI, Lynn S.K., Silina Syan et Nil Yalter.
Historienne de l’art, critique d’art et commissaire indépendante, Sonia Recasens développe une pratique curatoriale attentive aux questions liées à l’intime, au corps, à la mémoire et à la migration. Lauréate du Prix spécial du jury – Prix AICA France 2019, elle collabore régulièrement avec des musées, centres d’art et maisons d’édition. Parmi ses projets récents figurent L’esprit du geste à l’ICI en 2024 et Aïta, fragments poétiques d’une scène marocaine au Frac MÉCA Nouvelle-Aquitaine en 2025.
Le bal des Ogresses est également accompagné d’un programme de rencontres et d’un journal d’exposition réunissant notamment Mo Abbas, philosophe, photographe et auteur du Dictionnaire des Ogresses ; Taous Merakchi, autrice de Monstrueuses ; ainsi que l’artiste et poétesse Rim Battal.
Bienvenue au Bal des Ogresses
Prenez garde !
L’ogresse est une démone.
Non, une femme.
Ou plutôt, une bête.
Mais non enfin, l’ogresse est une déesse.
Non, non, l’ogresse est un djinn puissant.
L’ogresse est un monstre protéiforme.
L’ambivalence est la règle.
De quoi vous rendre chèvre !
Les contraires coexistent, cohabitent, se nourrissent,
s’enrichissent.
Certain·e·s disent l’ogresse séduisante mais mortelle.
D’autres, au contraire, la décrivent comme laide et protectrice.
Mais tous·tes s’accordent sur un point.
Ses pieds.
L’ogresse est reconnaissable à ses sabots de chèvre.
Et sur le fait que l’ogresse, en bonne goulue, gloutonne.
Elle dévore de rage, de désir, de faim, de vengeance, d’amour,
de maternité…
Ses appétits sont insatiables.
Parmi ses mets favoris : les colons, les hommes violents et les
enfants désobéissants…
On peut tenter de définir l’ogresse, de l’écrire, de la mettre en
image, mais on ne pourra jamais la saisir toute entière.
L’ogresse ne se laisse pas digérer.
Elle glisse entre nos mains.
Elle échappe à notre esprit trop humain.
Elle fuit notre monde décidément trop patriarcal.
L’ogresse dévie joyeusement la pensée colonisée.
Bienvenue au Bal des Ogresses !
Sonia Recasens